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Philippe Corti, le roi du blind test et des nuits du Sud

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Philippe Corti, DJ de Thierry Ardisson : portrait du roi du blind test, de La Scatola au Papagayo, de la prison au cinéma, avec ses rencontres, ses anecdotes et ses vidéos à revoir.
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Son histoire ne ressemble à aucune autre dans la musique de club française. Elle part d’une école du Gard, passe par une plage où une star du journal télévisé le réveille un rosé à la main, puis par une cabine où Bruce Willis lui tend des disques. Elle traverse aussi une chute brutale, et un ami qui ne le lâche pas.

Un fils d’instituteurs qui veut être reconnu

Philippe Corticchiato naît le 5 octobre 1958 à Millau, dans une famille corse. Ses parents sont tous deux instituteurs, et les étés se passent sur l’île. L’enfance se déroule à Montaren, dans le Gard. À l’école, il fait déjà le pitre sur l’estrade : il a besoin de se mettre en scène.

En 1976, il entre à l’école normale de Nîmes, qu’il quitte au bout d’un an et demi. Suivent des études de droit et le service militaire. La musique n’est pas une vocation de départ. Il l’a raconté en 2005 à La Dernière Heure : ce qu’il voulait, c’était être reconnu. Comme on lui répète que les DJ des soirées ne sont pas terribles, il décide de faire mieux.

À partir de 1979, il travaille le week-end comme disquaire, le mot qu’il préfère encore aujourd’hui pour se définir. Aux soirées de la fac de droit, il prend le contre-pied des autres et passe Dalida et Claude François. Le statut de DJ professionnel n’existe pas vraiment : les résidents des boîtes ont un autre métier la semaine.

Du Sholmes à La Scatola, l’école du Sud

Sa carrière démarre pour de bon en 1981, au Sholmes à Rochefort-du-Gard et au Privé aux Angles, près d’Avignon. Il passe aussi par La Churascaïa, club perdu en Camargue qu’il décrit comme la matrice de sa génération, un lieu où la communauté homosexuelle a pu s’afficher et où tout le monde a appris la tolérance.

En 1985, avec 50 000 francs, il ouvre son propre club à Port-Camargue : La Scatola, sans tables ni chaises. Il y mélange Luis Mariano, les Gipsy Kings, Claude François et Dalida, très loin des modes du moment. Le couturier Christian Lacroix le soutient. Le DJ tient sa formule : un sélecteur qui regarde la salle plutôt que le tempo. Un flyer de ses soirées parisiennes résumera plus tard ses priorités d’une formule, « le sourire des filles, la sueur des mecs ».

Le mariage d’Yves Mourousi, le coup de projecteur

La scène de film date de 1985. Après une nuit en boîte très arrosée, Corti dort sur la plage. Il est huit heures du matin. On lui tape sur l’épaule : Yves Mourousi, alors vedette de l’information télévisée, lui propose un rosé. Le journaliste est descendu de Paris pour lui demander d’animer son mariage dans les arènes de Nîmes.

Le public se compte entre 25 000 et 30 000 personnes selon les sources. Le DJ de Port-Camargue change d’échelle en une soirée.

Paris, le Distriko et la rencontre avec Ardisson

En 1986, il monte à Paris et crée Le Distriko. Les Gipsy Kings, Étienne Roda-Gil, Vanessa Paradis, Yves Mourousi et Christian Lacroix y passent. Ce sont ces habitués, selon lui, qui lui présentent un animateur encore peu connu : Thierry Ardisson. Celui-ci le rassure sur son accent du Sud et l’embarque dans Bains de minuit sur La Cinq, tourné aux Bains Douches.

Corti ne manquait pas d’aplomb sur le rapport de force de l’époque : « avant de passer chez Ardisson, j’étais plus connu que lui ». C’est aussi dans cette émission, a-t-il expliqué à La Provence, que naît en 1986 son tout premier blind test. Les deux hommes ne se quitteront plus, de Lunettes noires pour nuits blanches aux années France 2.

Il devient résident au Queen, organise des soirées au Globo et prend un temps la direction artistique du Palace, où il invite à mixer un débutant nommé David Guetta. Lui-même se présente volontiers comme le premier DJ à avoir tourné partout avec ses disques, et revendique d’avoir ouvert la voie à la French touch. L’affirmation reste la sienne, mais au sommet, il joue jusqu’à six fois par semaine.

Saint-Tropez, le Papagayo et la chute

En 1989, il reprend le Papagayo, institution de Saint-Tropez. Libération titre que Corti rebranche la ville. C’est le sommet de sa vie nocturne, et le lieu de sa chute.

En 1994, il est condamné à quatre ans de prison pour avoir été associé à un trafic de drogue au Papagayo. Il en effectuera deux, jusqu’en 1996. Son arrestation à Saint-Tropez, suivie de 96 heures de garde à vue, le fait basculer dans les médias en dealer de la jet-set. Il a décrit la détention comme un « vaisseau de douleur », et dit avoir davantage souffert de cette étiquette, ainsi que de la peine causée à ses parents, que de la sanction elle-même. Il tient par le sport, la lecture et un travail audiovisuel en prison.

Ardisson reste à ses côtés. Il lui fait parvenir un contrat de travail alors qu’il est encore incarcéré, ce qui facilite l’aménagement de sa peine. Il doit ensuite défendre sa présence à la télévision auprès d’Hervé Bourges, le président de France Télévisions, face aux protestations de la mairie de Saint-Tropez. Corti n’a jamais cessé de dire ce qu’il lui doit.

Le roi du blind test

Le grand public le découvre vraiment dans Tout le monde en parle sur France 2. Les archives de l’INA le montrent aux commandes du blind test dès 2001, face à des équipes d’invités de toute la télé française, et il reste jusqu’à l’ultime émission, le 8 juillet 2006. En 2002, il revient aussi aux Bains Douches, à la suite de David Guetta.

En 2005, Nagui l’appelle pour Intervilles. Corti sait que l’émission passe pour ringarde, pose ses conditions, apporte toute la musique et les jingles. Il y reste jusqu’en 2008, et s’y affirme en DJ populaire au sens plein, sans garde du corps, à portée de main du public. En 2005 paraît aussi Autobiographie d’un DJ chez Ramsay, préfacé par Frédéric Beigbeder, un récit qui s’arrête à sa sortie de prison. Il devient aussi la voix off des Enfants de la télé, et sera plus tard sacré « Roi du Blind Test » sur TF1.

Six histoires de cabine et de coulisses

  • Bruce Willis, assistant d’un soir. Au Papagayo, un client lui demande en anglais Sympathy for the Devil des Rolling Stones. Débordé, Corti l’envoie chercher le disque en cabine. L’inconnu reste toute la nuit à lui passer des vinyles, puis l’invite à boire un verre sur son bateau. C’était Bruce Willis.
  • Le Concorde pour deux soirées. Il a pris le supersonique pour assurer deux dates d’affilée, de part et d’autre de l’Atlantique. Son métier l’a aussi mené à New York, en Russie et en Chine.
  • Le scratch le plus célèbre de France. Sa spécialité tropézienne, mixer avec son sexe, n’est pas une légende. Il l’a confirmé à Nice-Matin en 2017, en ajoutant que sa fille Camille était la première à le réclamer. Le 18 octobre 2023, il l’a refait en direct sur C8, chez un Jordan De Luxe effondré, la tête dans les mains.
  • La bodega de Nîmes. Il revendique la deuxième bodega de l’histoire de la feria, ouverte avant même le mariage Mourousi. Sa règle n’a pas changé : une feria se joue dans la rue, pas dans les fêtes privées.
  • Les côtes cassées d’Intervilles. En 2008, une fracture des côtes l’oblige à céder sa place à son assistant Matthieu Allard pour deux émissions.
  • Les vachettes de la discorde. Fin 2024, il s’emporte contre l’Intervilles nouvelle version, sans vachettes. Nagui le taquine en direct dans C l’hebdo en se présentant comme « le woke ». Corti assure n’avoir jamais employé le mot.

L’acteur corse d’Éric Fraticelli

Le cinéma commence dès 1997 avec Bouge ! de Jérôme Cornuau, où il joue un présentateur aux côtés d’Ophélie Winter. Suivent Sous le soleil, R.T.T., Alice Nevers, et une adaptation d’Orange mécanique au Cirque d’Hiver, dans laquelle il incarne le vieux clochard et un gardien de prison.

Le virage vient de la Corse. Il reprend le rôle de Manu dans l’ultime saison de Mafiosa sur Canal+, joue sur scène Le Clan avec Éric Fraticelli, puis le suit au cinéma : Permis de construire, Le Clan, Inestimable avec Didier Bourdon et Permis de détruire en 2026. On l’a vu aussi dans Overdose d’Olivier Marchal et dans les séries Plaine orientale et La Terre et le Sang. Une génération le connaît désormais d’abord comme acteur.

L’adieu au patron

Thierry Ardisson meurt le 14 juillet 2025. Il avait tout prévu, y compris une liste de sept proches habilités à répondre aux journalistes : Corti y figure, avec Laurent Baffie, Catherine Barma, Léa Salamé et Franz-Olivier Giesbert. Le DJ salue alors le « seul patron » de sa vie, et trouve à cette date un sens à sa mesure : « ça finira en feu d’artifice, comme sa vie ».

Quarante ans de fâcheries et de réconciliations se terminent ainsi. Corti, qui parlait déjà en 2005 d’une histoire fraternelle, dit l’avoir marié à Audrey Crespo-Mara et avoir été présent à tous les moments importants de sa vie.

Toujours aux platines

Installé à Uzès, père de deux enfants et grand-père, Corti arrive encore à ses rendez-vous à moto et avoue avoir le trac avant chaque set, après plus de quarante ans de métier. Il ne prépare pas de suite à son autobiographie : les paillettes ne l’intéressent plus, ses potes et ses petits-enfants si.

Son credo reste le même : le live, l’énergie de la salle et le respect du morceau original, qu’il dit préférer à tout, quitte à le rebooster. Il mêle funk, soul, latino et house, et se moque volontiers des productions actuelles qu’il juge interchangeables.

L’été 2026 l’a encore vu dans les arènes : au Grau-du-Roi le 2 août avec Yann Muller, pour le festival Côté Mer, puis à Palavas-les-Flots le 20 août, à l’affiche avec Cerrone. Deux figures de la nuit française, le même soir, face aux vacanciers du Languedoc.

Philippe Corti en images, à voir et à écouter

La chaîne INA Arditube conserve deux longs entretiens avec Thierry Ardisson, où il raconte lui-même son parcours.

Pour le retrouver en action, les blind tests de Tout le monde en parle sont aussi en ligne.

Discographie choisie

Corti est d’abord un homme de cabine. Ses disques prolongent ses soirées.

  • Compilations : Opération Corti, Music Fashion, Corti 2000, Bons baisers de Corti, Corti Mix Party, Faisez les cons avec Corti
  • 2004 : Un dur, un vrai, un tatoué, premier album, qui fait revivre les chansons de Fernandel et Maurice Chevalier
  • 2005 : Autobiographie d’un DJ, livre (Ramsay), préface de Frédéric Beigbeder

Article compilé et vérifié à partir de sources multiples et recoupées, à jour au 4 novembre 2026.

Sources :

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