Après huit ans de fidélité à Anjunadeep, Marsh a lancé cet été Marshan Records, où il sortira le 3 novembre son quatrième album, Home. Un geste personnel, mais aussi le symptôme d’un mouvement de fond : dans la house mélodique et la deep house, les têtes d’affiche veulent désormais posséder la maison où vit leur musique.
Le 21 juillet 2026, le single « Home » ouvrait le catalogue d’un label au nom évocateur. Les « Marshans », c’est ainsi que Tom Marshall appelle sa communauté de fans depuis des années. En baptisant son label d’après eux, le producteur britannique installé en Amérique du Nord transforme une relation affective en structure. La question n’est plus seulement de savoir où sortir sa musique, mais à qui elle appartient.

Marsh, du chouchou d’Anjunadeep au patron de label
Marsh n’est pas un débutant qui s’autoproduit faute de mieux. Entré chez Anjunadeep en 2018 avec « Black Mountain » sur la compilation Explorations 07, il y a sorti les albums Lailonie (2020) et Endless (2023), et cosigné avec Nox Vahn « Come Together », élu par les fans parmi les titres marquants des 25 ans d’Anjuna. Il a rempli Red Rocks, la Brooklyn Mirage, Printworks et fabric, et a joué à Coachella en 2025.
L’annonce est tombée en juillet, en pleine tournée Anjunadeep Open Air, via un message Instagram évoquant un « nouveau chapitre ». Le calendrier dit beaucoup : pas de rupture, une sortie par le haut. Marsh a d’ailleurs joué « Too High », deuxième sortie du label, devant 12 000 personnes à l’Anjunadeep Open Air de Londres, le 11 août.
Le plan de lancement est ambitieux :
| Date | Étape |
|---|---|
| 21/07/2026 | Single « Home » (MRSHN001), première sortie du label |
| 18/08/2026 | « Too High » + l’ambient « Aloft » (MRSHN002), annonce de l’album |
| 03/11/2026 | Album Home, 14 titres, avec ALLKNIGHT, Phenoir, Leo Wood et Lyves |
| 07 et 13/11/2026 | Concerts au Melkweg (Amsterdam) et à la Roundhouse (Londres) |
| 14/11/2026 | Concert au Central Chapelle, Paris |
Dans son interview à Magnetic Magazine, Marsh parle d’un « foyer définitif » pour son projet. Il veut tout superviser, de l’A&R aux visuels, et promet de signer à terme d’autres artistes, sur un seul critère : de la musique mélodique qu’il n’arrive pas à arrêter d’écouter. Pour l’instant, Marshan reste une vitrine pour ses propres disques ; l’ouverture à d’autres artistes n’a pas de date.
Pourquoi lancer son label : quatre moteurs
Reprendre la main sur la forme. En 2022, Spencer Brown justifiait la création de diviine par un refus : celui de devoir livrer une « version streaming » raccourcie de chaque morceau. Pour lui, la musique progressive est un voyage, et un titre doit durer trois ou dix-huit minutes selon ce qu’il demande. Marsh, lui, insiste sur le contrôle de tout ce qui entoure la musique : présentation, visuels, choix des sorties.
Posséder plutôt que louer. Un artiste signé chez un label confie généralement ses enregistrements pour longtemps. Avec sa propre structure, il garde la propriété du catalogue. Les labels indépendants, souvent détenus par des artistes, pratiquent d’ailleurs fréquemment le partage des bénéfices à 50/50. Dans son panorama 2026, Billboard relève chez plusieurs dirigeants indés la même idée : posséder sa musique et connaître son public transforme l’indépendance en levier.
Bâtir une marque à 360 degrés. Dans la house mélodique, le label est rarement seul. This Never Happened est né d’un concept de soirées sans téléphone, Purified d’une émission de radio sur SiriusXM puis d’une série d’événements. Le label vient compléter un écosystème déjà rentable : les soirées deviennent des vitrines pour les signatures. Chez Marsh, la base de départ est la communauté des Marshans, une relation transformée en infrastructure.
Passer de producteur à curateur. RÜFÜS DU SOL a fondé Rose Avenue pour « rendre la pareille » : le trio avait sorti l’album Bloom sans label nord-américain, avec la seule aide d’Odesza, et voulait offrir à son tour une plateforme. Lane 8 décrivait son label comme une maison pour la musique qu’il joue dans ses mixes.
Marsh n’est pas seul : six labels d’artistes comparés
Marsh suit un chemin bien balisé. Trois de ses prédécesseurs viennent, comme lui, de l’écurie Anjunadeep : Lane 8, Yotto et Spencer Brown.
| Label | Artiste | Lancement | Point de départ | Première sortie | Modèle |
|---|---|---|---|---|---|
| Marshan Records | Marsh | Juillet 2026 | Communauté de fans (les Marshans), après 8 ans chez Anjunadeep | « Home » (Marsh) | Ses propres disques d’abord, autres artistes plus tard |
| diviine | Spencer Brown | Février 2022 | Refus des formats courts imposés par le streaming | « Forbidden Flow / 18 Min Loop » (Spencer Brown) | Liberté de format, albums de l’artiste, remixeurs invités |
| Purified Records | Nora En Pure | Novembre 2019 | Émission radio Purified (2017) puis soirées | EP « Panem » (Marius Drescher) | Label adossé aux événements, artistes établis et émergents |
| Odd One Out | Yotto | Juillet 2019 | Après l’album Hyperfall sur Anjunadeep | « Shifter » (Yotto) | Label personnel, tournée Odd One Out en parallèle |
| Rose Avenue | RÜFÜS DU SOL | Octobre 2018 | Absence de label nord-américain pour Bloom | « Lafayette » (Cassian) | « Famille » d’artistes live ; albums du groupe licenciés à Reprise |
| This Never Happened | Lane 8 | 2016 | Concept de soirées sans téléphone | « Fingerprint » (Lane 8) | Label 360° opéré en partenariat avec Involved Group (Anjuna) |
Le modèle de référence reste This Never Happened. En une dizaine d’années, le label de Lane 8 a sorti quatre albums de son fondateur et signé Sultan + Shepard, Le Youth ou Massane. Son catalogue dépassait déjà 700 millions de streams il y a quelques années, et Dancing Astronaut l’a sacré label de l’année 2023.
La comparaison fait ressortir deux familles. D’un côté, les labels-écosystèmes (This Never Happened, Purified, Rose Avenue), qui signent rapidement d’autres artistes et vivent aussi de leurs événements. De l’autre, les labels-ateliers (diviine, Odd One Out et, pour l’instant, Marshan), d’abord conçus pour la musique de leur fondateur. Marsh revendique clairement l’ambition de basculer dans la première catégorie.
Le revers de l’indépendance
Un second métier à plein temps. Lane 8 confiait récemment que, pour chaque heure consacrée à sa carrière d’artiste, il en passait une vingtaine sur les dossiers du label. A&R, planning, promotion, paiement des artistes : le studio passe souvent au second plan.
Une indépendance souvent relative. Les labels d’artistes qui durent s’appuient presque toujours sur une structure. This Never Happened est opéré depuis les bureaux londoniens d’Involved Group, la maison mère d’Anjunabeats et d’Anjunadeep. Les albums de RÜFÜS DU SOL sortent sous licence exclusive chez Reprise, filiale de Warner. Et la concentration du secteur rend la vraie indépendance plus difficile : de nombreux distributeurs « indés » appartiennent désormais aux majors ou leur sont liés.
Le risque du label-vitrine. Tant qu’il ne publie que son fondateur, un label reste surtout une marque. Le vrai test, pour Marshan, viendra avec les premières signatures extérieures : savoir repérer, développer et défendre d’autres artistes est un métier différent de celui de producteur.
Moins de portes ouvertes. Quitter un grand label, c’est aussi renoncer à ses compilations, ses playlists et ses scènes. Marsh a manifestement choisi la transition douce : il reste à l’affiche des Anjunadeep Open Air et a présenté sa musique devant le public du label.
Le label comme aboutissement
Dans la house mélodique, lancer son label n’est plus un coup de tête : c’est l’étape logique d’une carrière arrivée à maturité. L’artiste a un public fidèle, une identité sonore claire et souvent un concept de soirées ; le label vient posséder ce que la notoriété a construit.
Marsh coche toutes ces cases, et il le fait avec une précaution révélatrice : partir sans claquer la porte, en lançant son label par un album. Rendez-vous le 3 novembre pour Home, puis le 14 novembre au Central Chapelle à Paris. Reste à savoir si Marshan Records deviendra un nouveau This Never Happened, ou restera le jardin privé de son fondateur.
En bref
- Quoi : Marshan Records, label lancé en juillet 2026 par Marsh après huit ans chez Anjunadeep
- Album : Home, 14 titres, sortie le 3 novembre 2026
- En concert : Melkweg (Amsterdam) le 7 novembre, Roundhouse (Londres) le 13 novembre, Central Chapelle (Paris) le 14 novembre
- Dans la même lignée : This Never Happened (Lane 8), diviine (Spencer Brown), Purified (Nora En Pure), Odd One Out (Yotto), Rose Avenue (RÜFÜS DU SOL)
Article compilé à partir des informations publiques disponibles au 14 octobre 2026.
Sources :
- Beatportal – Marsh lance Marshan Records avec « Home »
- Magnetic Magazine – Interview de Marsh
- Electronic Groove – Lancement de Marshan Records
- Electronic Groove – Annonce de l’album Home
- EDMTunes – Marsh annonce Marshan
- Marshan Records sur X
- Anjunadeep – « Beside »
- Agenda Culturel – Marsh au Central Chapelle
- Mixmag – Lancement de This Never Happened
- Music Business Worldwide – This Never Happened
- Doors Open – This Never Happened
- Dancing Astronaut – Label de l’année 2023
- The AvA Connection – Interview de Lane 8
- EDM Identity – Interview de Lane 8 (2018)
- EDMTunes – Yotto lance Odd One Out
- Electronic Groove – Spencer Brown lance diviine
- Magnetic Magazine – Nora En Pure lance Purified Records
- EDM Identity – Interview de Nora En Pure
- Mixmag – Lancement de Rose Avenue
- DJ Times – RÜFÜS DU SOL et Rose Avenue
- ProStudioMasters – Surrender (Rose Avenue/Reprise)
- Billboard – Indie Power Players 2026
- Identity Music – L’industrie musicale en 2026
- Wikipedia – Record label


