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Coup de cœur : Kevin Yost, le batteur de jazz qui a fait de la deep house un art de l’improvisation

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Une enfance entre baguettes et platines

Kevin Yost a grandi à Waynesboro, petite ville de Pennsylvanie de moins de 6 000 habitants. Il commence la batterie à quatre ans et se nourrit très tôt de jazz : Miles Davis, Chuck Mangione et la fusion des années 70 forment son oreille. Le déclic dance arrive au milieu des années 80, par l’électro et le hip-hop, puis la house. À 13 ans, il anime déjà des mariages et des anniversaires derrière les platines.

Il suit ensuite un cursus artistique, avec des études de composition et de percussion (le Miami New Times évoque le Berklee College of Music et le Shenandoah Conservatory). Au début des années 90, il découvre l’acid jazz et se fixe un objectif qui ne le quittera plus : faire se rencontrer le jazz et la house.

Des débuts chez Guidance à « One Starry Night »

Son premier disque sort en 1996 sur le label chicagoan Guidance Recordings : l’EP Unprotected Sax, dont le titre annonce la couleur. Mais c’est avec le label new-jerseyais i! Records que Kevin Yost trouve sa maison. Après plusieurs maxis (Night of a 1000 Drums, Dawn Approaches EP, The Stick & Stones EP), il livre à la fin des années 90 « One Starry Night ».

Le morceau, ample, nocturne, porté par des nappes jazzy et une rythmique d’une finesse rare, s’impose d’abord dans les cercles de la progressive house avant de devenir un standard de la deep house. Il donne son nom à son premier album, sorti sur i! Records et régulièrement cité comme un classique du genre ; le single se serait écoulé à plus de 50 000 exemplaires selon RVA Magazine. AllMusic voyait alors en lui « l’un des meilleurs jeunes producteurs house d’Amérique ».

Une discographie qui ne s’arrête jamais

Ce qui frappe chez Kevin Yost, c’est le volume. Près d’une centaine de singles, au moins huit albums, plusieurs compilations mixées, et un réservoir estimé à environ 1 500 morceaux inédits : il lui arrive de produire jusqu’à 30 titres par mois. Quelques jalons :

  • One Starry Night (i! Records, fin des années 90) : l’album fondateur.
  • Road Less Traveled (Distance, 2001).
  • Future Flashback (i! Records, 2005).
  • BeatKilla (2006), Solid (2008), l’EP Jazz Is avec Brooke Harper (2008).
  • New Perspectives EP et Rise of the Numbers (2014), Tocatta (2018).
  • La série de compilations acid jazz/downtempo The Jazz Influence, chez i! Records.

Côté remixes, il a travaillé pour Sony, Polygram, MCA et Virgin, avec notamment une relecture de « The Hunted » des tambours japonais Kodo, choix tout sauf anodin pour un percussionniste. Il a aussi publié chez No Fuss, Mobilee, Suara et !K7, preuve que son son a séduit bien au-delà de la sphère soulful, jusqu’aux labels tech house européens.

Plus récemment, son catalogue s’est ouvert à des sorties plus libres : Slow Groove LoFi, It’s Giving Disco ou Transcendence – Ambient Spheres (2025), qui montrent un artiste toujours curieux.

TSOY, le label sans barrières

Kevin Yost gère sa propre maison, TSOY (son nom à l’envers, comme son alias Nivek Tsoy). « TSOY, c’est vraiment mon truc, sans barrières. C’est mon espace pour pousser une deep house expérimentale et des productions plus tech », expliquait-il à Beatportal. En 2021, son Perspectives EP Five, cinquième volet de la série Perspectives, est élu « Hype Release of the Month » par Beatport.

En parallèle, il compile sa série Kevin Yost Presents Keep It Deep (trois volumes à ce jour) et partage chaque mois sa sélection sur Traxsource (Kevin Yost’s Selected, dont une édition de mars 2026), un bon moyen de suivre ce qu’il joue.

Le studio raconte bien l’homme : Ableton Live et Push 2, mais aussi des synthés analogiques (Roland Juno-60, Sequential Prophet-6, Nord Lead, Roland JV-2080), une boîte à rythmes Oberheim DMX, une Akai MPC3000… et une batterie électronique Roland V-Drums pour injecter du jeu humain dans ses grooves.

Le live : « un studio sur scène »

S’il y a une raison de suivre Kevin Yost, c’est son approche du live. Avec Live & Improvised, il transporte littéralement son studio sur scène et compose en direct, à partir de rien. « L’idée, c’est de partir de zéro et de créer la musique sur le moment, en se nourrissant du public. Chaque show est complètement différent », résume-t-il. Ses sets DJ, eux, sont souvent constitués exclusivement de ses propres productions.

Cette démarche l’a mené dans quelques lieux mythiques : le DC-10 et l’Amnesia à Ibiza, ou encore le Sónar à Barcelone.

Un regard lucide sur la musique

Kevin Yost n’est pas qu’un producteur prolifique, c’est aussi une voix critique. « La musique est devenue jetable, comme des piles AA », déplorait-il dans le Miami New Times. Ou encore : « Le jazz ne remplira jamais un stade… mais le jazz a résisté à l’épreuve du temps. » Une philosophie qui éclaire son parcours : faire ce en quoi il croit, plutôt que ce qui marche.

Aujourd’hui, il se présente aussi comme compositeur de musique de film, de jazz et d’électronique, batteur et percussionniste. Un musicien complet, dans la droite lignée de ceux qui voient la house comme un prolongement du jazz.

Par où commencer l’écoute

Le suivre : Site officiel · YouTube · Bandcamp · Traxsource · Apple Music

Pourquoi c’est notre coup de cœur

Parce qu’à l’heure des tracks calibrés pour 15 secondes de réseau social, Kevin Yost rappelle que la deep house peut être une musique de musicien : jouée, improvisée, respirante. Près de trente ans après « One Starry Night », il continue de publier, d’expérimenter et de monter sur scène sans filet. Une discographie immense à explorer, et un artiste qui mériterait largement une date en France.


Article compilé à partir des informations publiques disponibles au 5 octobre 2026.

Sources :

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