Le SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique) a publié le 8 septembre son bilan du marché français de la musique enregistrée pour le premier semestre 2026. Au menu : une croissance qui ne faiblit pas, une razzia francophone sur les classements, et un dossier IA qui prend une tournure très concrète — le syndicat a déjà commencé à en tirer les conséquences dans ses propres palmarès.
Un marché toujours en croissance, porté par l’abonnement
Le marché français de la musique enregistrée a généré 449 millions d’euros sur les six premiers mois de 2026, en hausse de +3,5 % sur un an. C’est moins spectaculaire que les +6,6 % enregistrés un an plus tôt sur la même période, mais le secteur enchaîne malgré tout une sixième année consécutive de croissance.
Le streaming par abonnement reste le moteur principal : il pèse désormais 291,5 millions d’euros, soit 65 % des revenus totaux (+2,5 points sur un an), pour une croissance de +7,5 %. Le numérique dans son ensemble progresse de +5,2 %, un rythme freiné par le recul des revenus publicitaires vidéo.
Côté physique, le tableau est contrasté : le marché recule de -3,4 % globalement, tiré vers le bas par le CD (-14,4 %), tandis que le vinyle continue sa remontée avec +5,8 % et près de 49,3 millions d’euros de ventes — confirmant sa place de premier support physique en valeur, une position qu’il avait déjà arrachée au CD à l’échelle de l’année pleine.
Les productions francophones trustent les classements
C’est l’un des points forts du bilan pour l’écosystème français : les productions hexagonales dominent plus que jamais le Top 200 Albums. Elles y occupent 72 % des places, et raflent carrément les quatre premières positions du classement. Sur le volet streaming, les titres français représentent 76 % des écoutes du Top 200, un gain de trois points sur un an.
Le renouvellement du classement profite lui aussi largement à la production locale : parmi les nouveaux albums entrés dans le Top 200, 80 % sont français, dont quatre entrées directement dans le Top 20. Le français comme langue de chant confirme également sa place : 15 des 20 titres du Top 20 sont en français. Autre évolution notable, celle de la représentation féminine, avec sept entrées féminines dans le Top 20 contre cinq un an plus tôt.
L’IA s’invite dans les classements — et dans la loi
Le sujet de l’intelligence artificielle occupe une place croissante dans ce bilan, et le SNEP ne se contente plus d’y répondre par des déclarations de principe. Depuis mai 2026, le syndicat a mis en place trois critères d’éligibilité pour qu’un enregistrement généré par IA puisse figurer dans ses classements officiels :
- une intervention humaine substantielle dans la création du titre ;
- une transparence publique obligatoire sur le recours à l’IA ;
- l’utilisation d’un service d’IA autorisé, conforme à la réglementation française.
De fait, les titres intégralement générés par IA sont exclus des classements SNEP tant qu’ils ne répondent pas à ces conditions. Alexandre Lasch, directeur général du SNEP, a commenté ce bilan en rappelant que l’intelligence artificielle « doit être éthique et respectueuse de la propriété intellectuelle ».
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte législatif mouvementé. La proposition de loi dite « Darcos », qui instaure une présomption d’utilisation des contenus culturels protégés par les fournisseurs d’IA lors de l’entraînement de leurs modèles — sauf preuve contraire de leur part —, avait été adoptée par le Sénat le 8 avril 2026 avant de transiter vers l’Assemblée nationale. Le texte a bien failli ne jamais y être examiné : le 12 mai 2026, la Conférence des présidents de groupe a refusé de l’inscrire à l’ordre du jour, sous l’effet d’un lobbying actif de certains acteurs de l’IA (Mistral AI en tête) et d’une majorité présidentielle divisée sur le sujet — un enterrement de fait, à quelques semaines de la coupure estivale.
Le texte a finalement été rattrapé : la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale l’a adopté le 2 juin 2026, un vote salué par le SNEP comme « crucial » et « équilibré ». Reste maintenant l’étape du vote en séance publique à l’Assemblée pour une adoption définitive — un calendrier parlementaire chargé, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, laisse planer une incertitude sur le sort final du texte.
Ce qu’on en retient chez STUDIO 909
Deux mouvements se dessinent nettement dans ce bilan. D’un côté, la bonne santé confirmée du marché et la domination sans partage des productions francophones dans les classements — un signal encourageant pour l’ensemble de la filière, y compris les producteurs et labels électro qui exportent la French Touch et ses héritières (Deep House, Afro House, Melodic) à l’international. De l’autre, un dossier IA qui sort clairement du terrain des principes pour devenir une question de gouvernance très concrète : critères d’éligibilité dans les classements, bataille législative à l’Assemblée, lobbying des acteurs tech contre les organisations créatives. Pour une scène électronique où la production assistée par IA progresse vite (voir notre article sur l’étude SubmitHub), la manière dont le cadre français va trancher — présomption d’utilisation, transparence obligatoire, rémunération des ayants droit — aura un impact direct sur les producteurs indépendants. On continuera de suivre ce dossier de très près à la rentrée parlementaire.
Et vous, la proposition de loi Darcos, vous y croyez encore d’ici la fin de l’année ? Dites-nous en commentaire.
Sources : SNEP (communiqué officiel bilan S1 2026 et communiqué sur le vote de la PPL Présomption), Radio FG, Assemblée nationale, Sénat, LP Consulting.


