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Cevin Fisher, le freak magnifique de la house

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Cevin Fisher est mort le 29 octobre 2026 à 63 ans. Portrait du DJ et producteur de « The Freaks Come Out » : son parcours, ses disques, ses anecdotes et ses sets live.

Son histoire commence bien avant la gloire, chez un gamin du New Jersey qui tapait sur les voitures en écoutant du funk. Elle passe par le Paradise Garage, où il entre avant l’âge, par les studios d’Arthur Baker, où il débute comme garçon de courses, et par un panneau publicitaire aperçu un soir de 1995. Ses dernières années se jouent en France, entre le piano classique et les pentes du Jura.

La batterie avant les platines

Kevin Fisher naît le 26 octobre 1963 à East Orange, dans le New Jersey. À la maison, on écoute Stevie Wonder et Earth, Wind & Fire. Sa mère préfère Tony Bennett et Marvin Gaye, son grand frère Santana, Yes et Rush. Son oncle Mitchell, pianiste de jazz, lui joue Miles Davis et Stevie Wonder.

Le déclic vient du grand frère, qui lui fait écouter Scorpio de Dennis Coffey. « I heard the drums. They called me. » (« J’ai entendu la batterie. Elle m’a appelé. ») Dès que le morceau passe, l’enfant frappe sur tout ce qu’il trouve, tables et carrosseries comprises.

Il rêve aussi de football américain, mais se découvre trop petit au lycée. Reste la musique. Il devient capitaine de la section de percussions de la fanfare, puis rejoint un groupe local, Sundae. Son père possède quelques bars : entre deux sets, Kevin passe des disques. Le DJ naît là, presque par accident.

Zanzibar et le Garage, une école de la nuit

À Newark, le Club Zanzibar sert d’université. Fisher y observe Tony Humphries, capable d’enchaîner Cymande, Herbie Hancock et des voix gospel. C’est aussi là qu’il découvre Love Sensation de Loleatta Holloway, un disque qui reviendra changer sa vie.

Après des fêtes étudiantes dès 16 ans, il assure l’ouverture du vendredi pour le résident Larry Patterson. À 17 ans, il tient sa première résidence sur le célèbre système son signé Richard Long.

New York l’attire déjà. Encore trop jeune, il se glisse au Paradise Garage grâce à un ami qui y travaille, et tout bascule. De Larry Levan, il retient une leçon qu’il appliquera toute sa vie : prendre des risques et jouer ce que l’on ressent, quel que soit le genre.

New York, du garçon de courses au remixeur

À la fin des années 1980, Fisher s’installe à New York et entre dans les studios par la petite porte, comme garçon de courses. Il gagne peu à peu des sessions de programmation, avec des rappeurs comme avec des rockeurs.

Chez Arthur Baker, aux Shakedown Studios, il rejoint le Criminal Element Orchestra et participe aux remixes de l’époque. Avec Timmy Regisford de Motown et Baker, il signe des versions de Love You All My Lifetime de Chaka Khan et de I’ll Be Good to You de Quincy Jones, toutes deux numéros un du classement dance de Billboard.

De 1993 à 1995, il fait équipe avec Cliff St-Cyr sur le label Hardtrax. House Is a Feeling, Hands On Love et Sweet in the Morning attirent l’attention de Strictly Rhythm, qui les licencie. Pourtant, Fisher a le sentiment de ne pas donner sa pleine mesure.

Le panneau du tunnel

L’été 1995 offre à sa carrière sa scène de film. Il croise Danny Tenaglia sur la 21e Rue et lui confie ses doutes. Tenaglia lui répond de voler de ses propres ailes. En rentrant par le Midtown Tunnel, Fisher voit un panneau : « Find Your Own Road » (« Trouve ta propre route »).

La nuit même, il compose The Way We Used To et Check This Out, ses premiers titres présentés sous son nom. En 2025, il citera toutefois Oye Ese Pito, sur le label Lifted, comme la toute première sortie de Cevin Fisher.

1998-1999 : les freaks sortent

En 1998, sous le nom de Cevin Fisher’s Big Freak, il publie « The Freaks Come Out » chez les Britanniques de Subversive. Le disque atteint la 34e place des ventes au Royaume-Uni et la première au classement club de Billboard. Il sort sur au moins cinq labels différents.

Le morceau doit beaucoup à Danny Tenaglia, de nouveau. À Miami, pendant la Winter Music Conference, celui-ci le passe aux fêtes Groovejet : un journaliste présent se souvient de quatre lectures en un seul set. Selon Fisher, c’est Tenaglia qui a lancé le disque. Le lendemain, on l’arrête partout pour savoir quand il sort et sur quel label.

« (You Got Me) Burning Up » naît d’une autre obsession. Le duo avec Loleatta Holloway n’en est pas vraiment un : Fisher, qui l’avait croisée chez Arthur Baker, échantillonne un passage de Love Sensation et bâtit sa production autour de cette voix. Le gamin bouleversé au Zanzibar referme ainsi la boucle. Le titre grimpe à la 14e place britannique, son meilleur score, et en tête du classement dance de Billboard.

Suivent Women Beat Their Men, joué de Junior Vasquez à Juan Atkins, puis Music Saved My Life, adopté par Sasha & Digweed, Carl Cox ou Sven Väth. Entre octobre 1998 et février 2001, Fisher place cinq singles dans le top 75 britannique.

Sept histoires en coulisses

  • Whitney Houston avant Whitney Houston. Fisher racontait avoir connu la chanteuse, elle aussi liée à East Orange, quand elle posait pour le magazine Seventeen. Il mixait à ses fêtes, entre R&B, hip-hop et disco, sans imaginer la star à venir.
  • Un coup de fil de Clive Davis. Pour le remix d’un titre de Robert Miles chez Arista, le patron du label l’a appelé en personne. La version a atteint la première place de Billboard.
  • Chic contre les Freaks. Pour le festival FOLD de Nile Rodgers, il mêle Le Freak à son propre tube. Sans a cappella, il retire les basses à l’égaliseur et ajuste la tonalité à la main.
  • L’ennemi public numéro un. Le pire de New York, selon lui ? Les contraventions de stationnement. Le meilleur : Central Park à vélo.
  • Le salut d’Obama. En vacances en 2015, il se trouve à un mètre et demi de Barack Obama, qui lui adresse un signe de la main. Il rêvait de prendre un café avec lui pour parler basket.
  • Le rêve de cinéma. Il aurait voulu composer la musique d’un Metropolis version 2027. Son super-pouvoir idéal : voler sans passer par l’enregistrement.
  • Le nerd en cuisine. Élève de piano de Jerome Jolles, de la Juilliard School, il joue Chopin à ses heures. Sur le tard, il se découvre aussi cuisinier et fan de Gordon Ramsay.

Sur scène, lire la salle

Le studio l’a rendu célèbre, mais la cabine restait son véritable moteur. Échanger avec les danseurs depuis les platines, disait-il, c’était « the ultimate high », le sommet absolu.

Il a joué au Twilo à New York, au Ministry of Sound à Londres et à Groovejet à Miami, puis tenu pendant des années une résidence à Pacha NYC. Autour de 2010, il tourne en Eurasie aux côtés de David Guetta, Erick Morillo, Steve Angello ou Fedde Le Grand. Ses villes et pays de cœur : Toronto, Londres, le Japon, l’Italie, la Grèce et la Suisse, où son site annonçait une résidence au Baby Boa de Genève.

Son matériel a suivi l’époque, du vinyle au CD puis à la clé USB, sur trois ou quatre platines Pioneer. Son réflexe de batteur, lui, n’a jamais changé : tout partait du groove.

Son souvenir le plus fort n’était pourtant pas un triomphe personnel. C’était une soirée au Knockdown Center, dans le Queens, avec Danny Tenaglia, tout juste sorti d’une épreuve difficile. Fisher parlait d’une expérience hors du corps, portée par l’amour du public au moment où son ami est entré en cabine. La rencontre de la 21e Rue n’avait jamais cessé de compter.

Cevin Fisher en live, à voir et à écouter

Deux sets filmés par Defected permettent de le voir aux platines.

Les enregistrements plus anciens sont des archives sonores, publiées sur YouTube par des tiers.

Pour l’entendre parler plutôt que mixer, Pacha NYC l’a interviewé en 2009 pendant la Winter Music Conference de Miami.

Discographie choisie

De The Way We Used To à Tracks from the Vault, Fisher a publié de la musique jusqu’aux dernières semaines de sa vie. Sélection chronologique, parmi une œuvre bien plus vaste.

  • 1995 : The Way We Used To (Maxi), n° 97 UK en 1999
  • 1998 : The Freaks Come Out, sous le nom Big Freak (Subversive), n° 34 UK
  • 1999 : (You Got Me) Burning Up, avec Loleatta Holloway (Wonderboy), n° 14 UK
  • 1999 : Music Saved My Life, n° 67 UK
  • 2001 : It’s a Good Life, avec Ramona Keller, n° 54 UK
  • 2001 : Love You Some More, avec Sheila Smith (Subversive), n° 60 UK
  • 2004 : Magic / Touch My Body Up (In The House), n° 91 UK
  • 2009 : Losin’ My Mind, avec Paul Harris (Big Love)
  • 2014 : House Muzik, avec David Morales’s Red Zone (Def Mix)
  • 2015 : Now Let’s Go House (Import Tracks)
  • 2017 : Mission to the Middle (Import Tracks)
  • 2019 : 2000 Freaks Come Out, avec Jack Back, alias de David Guetta (Toolroom)
  • 2019 : Return of the Queen Street Orchestra (Armada Subjekt)
  • 2023 : Everytime I Try, avec DJ Chus (Nervous)
  • 2025 : Sunshine, avec David Morales et Romina Johnson (DIRIDIM)
  • 2025 : Innergalactic, EP (Import Tracks)
  • 2026 : Tracks from the Vault, EP sorti le 4 septembre

Côté albums et compilations, on retiendra Dangerous Disco et Cevin Fisher’s Nervous Tracks en 1999, puis Underground 2000 en 2000. Il a aussi fondé ses propres labels : Import Tracks en 2014, puis Thermal Black avec son manager Christian Larsson, tourné vers une musique plus sombre pour le cœur de la nuit.

Ce qu’il laisse

Jusqu’au bout, Fisher est resté un passionné de studio, toujours à apprendre, selon ses propres mots. En 2025, il enregistre encore Sunshine à Londres avec David Morales et résume son credo d’une phrase : « Love is the message. » En septembre 2026 paraît Tracks from the Vault, quatre productions conçues entre 2022 et 2025.

Sa famille, elle, se souvient d’un homme drôle, chaleureux et bienveillant. Il a aussi été coach sportif, adorait le basket et s’était mis au ski dans le Jura, près de sa maison française.

Les hommages ont afflué. Satoshi Tomiie, Louie Vega et Art Department ont salué son influence, de New York à Toronto. Roland Clark, son ami de lycée, a gardé le souvenir de l’un des hommes les plus drôles et les plus doués qu’il ait connus.

Reste son conseil aux débutants : faire ce métier « for the love of it », par amour, et non pour la gloire. Et la phrase qu’il lançait si souvent à son public, reprise par ses proches pour lui dire adieu :

« A yo party people, we got to keep this thing going! »

Autrement dit : il faut que ça continue.


Article compilé et vérifié à partir de sources multiples et recoupées, à jour au 2 novembre 2026.

Sources :

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