STUDIO 909 : Ludovic Navarre, avant de parler musique — d’où vient le nom « St Germain » ?
St Germain parcours jazz deep house
Né le 10 avril 1969 à Saint-Germain-en-Laye, Navarre adopte ce nom de scène en 1993. Il y a un double sens assumé : sa ville natale, et Saint-Germain-des-Prés, le quartier parisien qui fut l’un des hauts lieux internationaux du jazz — celui de Boris Vian, de Miles Davis au Club Saint-Germain. Une manière d’inscrire d’emblée sa musique dans une filiation jazz.
STUDIO 909 : Et la musique, comment est-elle arrivée dans ta vie ?
Adolescent, Navarre se destine au sport. Une blessure à quinze ans met fin à cette trajectoire. Il se tourne alors vers la musique en autodidacte, s’initie à la composition assistée par ordinateur, et se nourrit à la fois de la techno de Detroit naissante et de la soul, du jazz, du hip-hop qu’il écoutait déjà. Il débute comme DJ dans les clubs parisiens, avant de monter un studio à Chatou avec Guy Rabiller, et de publier ses premiers morceaux sous une série de pseudonymes (Sub System, Deepside, Modus Vivendi…) sur les labels Atom puis F Communications.

STUDIO 909 : Sur Boulevard, en 1995, tu inventes une house jouée par de vrais musiciens — saxophone, trompette, claviers improvisés — plutôt qu’une house purement programmée. Comment choisis-tu les musiciens avec qui tu travailles ?
Ludovic Navarre : « Je déteste ceux qui sont trop techniques. Je cherche avant tout quelqu’un qui a un feeling. »
STUDIO 909 : Et une fois ces musiciens choisis, comment travailles-tu concrètement ?
Ludovic Navarre : « J’ai toujours la même façon de travailler depuis 1994. » Il précise être producteur avant tout : « Je suis producteur, je produis pour moi et je n’ai pas de maquettes à présenter à un directeur artistique. »
STUDIO 909 : Cette méthode aboutit en 2000 à Tourist, sorti chez Blue Note — le label historique de Miles Davis et John Coltrane. Le disque se vendra à environ trois millions d’exemplaires dans le monde. Quand tu repenses à cet album aujourd’hui, qu’est-ce qui te vient à l’esprit ?

Ludovic Navarre : « Je pense à l’aboutissement d’une période d’essais pour arriver à ce résultat. On peut me comparer à un coureur de fond, car la conception de cet album ne s’est pas réalisée sur une seule année. »
STUDIO 909 : Et pourtant, après ce succès, silence quasi total pendant quinze ans. Que s’est-il passé ?
Ludovic Navarre : « Il fallait que j’arrête tout, que je laisse la musique de côté. Après ces deux années [de tournée], j’ai réalisé que je ne voulais pas refaire Tourist. » Sur cette période d’arrêt : « Ensuite, j’ai tout coupé, je n’ai plus fait de musique, et cela a été une période un peu longue pour retrouver la flamme. »
STUDIO 909 : On imagine que les sollicitations médiatiques n’ont pas aidé à retrouver l’envie…
Ludovic Navarre : « J’adorais quand on me disait : « Ben faut sourire quand même ! » C’est ça, vous m’emmerdez tous ! »
STUDIO 909 : Comment renoue-t-on le fil, dans ce cas ?
Ludovic Navarre : « Je devais faire quelque chose de nouveau. Je me suis embarqué dans ce très long voyage de recherche. » Et plus tard, sur ce choix : « Je ne voulais pas me répéter, alors j’ai tout effacé et j’ai commencé à faire des recherches et à explorer la musique africaine. »

STUDIO 909 : Pourquoi le Mali, et pourquoi cette rencontre a-t-elle mis autant de temps à se faire ?
Ludovic Navarre : « C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, travailler avec la musique africaine. J’avais essayé dès 2000, mais c’était trop tôt. » (traduit de l’anglais) Il précise ce qu’il entend par « trop tôt » : une question de maîtrise technique, « ma capacité à maîtriser les techniques nécessaires au mélange des sons, aux combinaisons sonores, à la sonorité » — pas un virage stylistique radical. Sur les musiciens maliens eux-mêmes : « Ce sont vraiment des maîtres de ce type de musique, sur laquelle je travaillais déjà comme une progression naturelle [de mon style]. » (traduit de l’anglais)
STUDIO 909 : Résultat : l’album St Germain, sorti en 2015, quinze ans après Tourist. Vingt ans après sa sortie, comment regardes-tu Tourist aujourd’hui ?
Ludovic Navarre : « Modestement, je trouve qu’il n’a pas pris une ride en 20 ans : je ne changerais rien. »

Note de STUDIO 909
Toutes les répliques ci-dessus attribuées à Ludovic Navarre sont des citations vérifiables, extraites d’interviews publiées (voir sources). Certaines périodes de sa vie — l’enfance, l’accident de sport, les tout premiers pas en club — ne sont documentées, à notre connaissance, par aucune citation directe accessible en ligne ; elles restent donc racontées à la troisième personne plutôt qu’inventées comme parole rapportée.
Sources
- St Germain : l’histoire derrière « Tourist », œuvre fondamentale de la French Touch (1/2) — TSUGI
- St Germain : l’histoire derrière « Tourist » (2/2) — TSUGI
- KAROO | St Germain
- Malian Blues Guitars & Electronic Loops: Producer St Germain On His First Album In 15 Years — OkayAfrica
- St Germain (musicien) — Wikipédia (FR)
- St Germain (musician) — Wikipedia (EN)
- Les 20 ans de Tourist, album phare de St Germain, racontés par son créateur — Radio-Canada


